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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 20:03

D. Corteel et S. Le Lay (Dir.), Les travailleurs des déchets, Erès, 2011, 331 p.

 

A lire pour : comprendre la symbolique du déchet donc son rejet, intégrer la notion de pénibilité du travail des éboueurs, enfiler virtuellement leur tenue grâce au témoignage d’un sociologue infiltré, faire du tourisme international du déchet (crises en Italie, chiffonniers du Caire, éboueurs de Sao Paulo), s’ouvrir aux approches historiques (chiffonniers parisiens du 19e siècle, saisonniers parisiens de la fin des 1950s / début des 1980s), enrichir son vocabulaire (« ripeur », « scotomisation ») et surtout banaliser l’ordure !

Ce que j’en retiens :

L’éboueur  omniprésent mais invisible

Je ne reviendrai pas sur la pénibilité du travail de ripeur (éboueur à l’arrière des camions poubelles). Pour ceux qui  n’en seraient pas encore convaincus : lire Honneur aux éboueurs. L’ouvrage permet d’en apprendre davantage encore sur cette profession. Ainsi, éboueur est un métier « mal vu », pratiqué de manière invisible aux yeux de la majorité des citoyens, alors que, paradoxalement, il s’effectue en permanence en pleine rue donc sous le regard de tous. Il est intéressant de s’interroger sur les raisons de l’effacement symbolique des professionnels des déchets. L’explication tient à la matière travaillée (les ordures, les rebuts, …), non noble – voire malsaine - et mise à l’écart. Du coup, « la tendance naturelle est de rejeter avec le « sale » ceux qui nous en débarrassent ». 

A titre d’exception, il existe de rares temps où l’ouvrier de nettoyage prend sa revanche, devient bien visible et en retire satisfaction : c’est quand son action force l’attention. Un exemple : le  nettoyage à grande eau qui contraint le piéton à se méfier (du jet et de son meneur de jeu).

Leur métier, ce « sale boulot » à l’image dévalorisante, est généralement une source de honte pour ceux qui le pratiquent et ne s’en vantent pas. Il s’apprend d’ailleurs sur le « tas » [d’ordures ?] puisqu’il n’y a pas de formation initiale.  Toutefois, ces « professionnels du maintien de l’ordre » en tirent également un certain pouvoir, celui de la matière menaçante qu’ils sont les seuls à oser/savoir traiter.

Cette image négative épargne les sommets de la hiérarchie. De même, le marché des déchets est aujourd’hui très convoité par les quelques grands groupes privés qui se partagent ce fructueux secteur d’activité.

Symbolique du déchet

Le déchet organique, végétal, animal ou humain (l’excrément figure l’ordure impure par excellence) est associé à l’angoisse de la mort (résultat de la décomposition), renvoie à l’expérience du corps (qui, au contraire, doit être propre) et à la souillure (tabou). Aux déchets sont également associées les images de l’impur, de l’infection, de la contagion, de la contamination. Le déchet organique inspire le dégoût, la répulsion, l’effroi. L’imaginaire collectif en fait un objet menaçant. Encore plus angoissant est le déchet « ultime » donc impossible à réutiliser, retraiter, dissoudre (cf. déchet radioactif).

Le déchet révèle la trace négative de l’activité humaine, la précarité/mortalité des êtres et des choses, la résistance du réel à notre idéal de maîtrise. Le fait qu’il perdure est aussi l’un des indicateurs des dérèglements de notre temporalité : auparavant, il disparaissait (décomposition) ou renaissait sous une autre forme (recyclage). Désormais, les cruciales opérations de collecte, tri, recyclage et élimination visent à domestiquer la portée destructrice de l’ordure, à s’assurer de son invisibilité et de sa domination.

Apparaissent alors la notion de « territoires du négatif », ces espace-poubelles où œuvrent ceux qui ont à neutraliser les déchets, matériaux « tombés hors du champ des valeurs positives et dans l’envers de la production c'est-à-dire ce qui ne sert à rien, ne produit rien, ne vaut rien ».

Rappel : à partir de la fin du 18ème siècle, l’hygiène publique apparaît pour expulser hors des villes et déplacer en périphérie les lieux mortifères d’équarrissage. La création de la poubelle (récipient spécifique) et l’installation du tout-à-l’égout relèvent de la même logique.

Accélération du cycle de l’usure

Le déchet est d’autant plus prégnant dans la société de consommation actuelle que celle-ci découle de l’accélération du cycle de l’usure effective au cours des 2 derniers siècles. Actuellement, le courant de pensée dominant est fondé sur une société du « jetable » par opposition au récupérable qui était à la mode au 19esiècle (ex : la friperie était un secteur florissant). [Et ne parlons même pas du concept d’obsolescence programmée qui consiste à transformer tout objet en déchet à une échéance prévue à l’avance par les constructeurs, motivés par le renouvellement de l’acte d’achat].

L’autre tendance est sa prolifération : dépôts sauvages, objets mis sur les trottoirs, … Certains dépôts sont justifiés par le « don » : laisser à disposition, sur l’espace public, des objets susceptibles d’avoir une valeur. « Dans cette perspective, ce qui compte c’est le lien qui se crée dans la circulation entre donneur et donataire, même si les gens ne se connaissent pas ». Mais l’auteur précise bien que tout dépôt d’ordure ne relève cependant pas du cycle du don ! [pour ma part, je retrouve l’état d’esprit décrit ci-dessus dans les circuits de don du style Freecycle, beaucoup moins dans les dépôts d’encombrants au pied des bennes  à verre…]

La virilité comme valeur des éboueurs

Cette profession étant très majoritairement masculine (l’arrivée de femmes est une évolution récente), l’une des valeurs partagée est la virilité exacerbée, reposant sur la puissance et la maestria (lors du maniement des conteneurs ou des sacs d’ordures, par exemple). Elle est à la fois source de fierté et stratégie de protection, en donnant l’impression de maîtriser les risques du métier (a contrario, l’éboueur amateur - donc déficient - se blesse).  Elle pousse parfois à minimiser la sécurité (équipement ôté notamment en cas de chaleur).

La scotomisation : un mot à placer dans les conversations

Il n’est jamais trop tard pour enrichir son vocabulaire. Aujourd’hui , apprenons ce qu’est la scotomisation, qui désigne le processus psychologique inconscient par lequel l’individu exclut de sa conscience ou mémoire un événement/souvenir désagréable. L’auteure qui l’emploie dans l’ouvrage l’utilise dans le contexte de la crise du traitement des déchets en Campagnie (région de Naples) où les habitants se sont s’habitués à vivre durant une longue période au milieu de montagnes d’ordures sans les voir ni les percevoir comme des éléments dangereux. Selon un autre auteur, la « scotomisation » est également associée au déchet radioactif, en tant que « terreur nouvelle teintée de résignation devant l’inéluctable ».

Et vous, vous scotomisez quoi et pourquoi ?

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 21:01

Quoi de mieux que la grève du ramassage des ordures pour rendre visible la profession d’éboueur, métier « mal vu » (au sens propre comme au sens figuré). Les habitants du Grand Lyon, dont les poubelles s’entassent depuis le 12 mars 2012, réalisent le service rendu… maintenant qu’il ne l’est plus.

Pour tous, il est temps de mettre les éboueurs à l’honneur, notamment en détaillant les facteurs de la pénibilité de leur travail. Et cela tombe bien, un ouvrage de sociologie passionnant (!), intitulé « Les travailleurs des déchets », a été publié sur ce métier. Je viens de le dévorer (lire ici dans la rubrique Ecolivre) et je conseille cette saine lecture à la Direction de la Propreté et aux élus du Grand Lyon : il conforte ma reconnaissance pour cette profession et repose sur des études récentes particulièrement enrichissantes.

La pénibilité n’est pas la clé unique de compréhension du métier d’éboueurs mais l’analyser oblige à prendre conscience de la dureté de leur activité, qualifiée « de type intense ». Voici une petite synthèse à lire en se disant : et si c’était moi qui le faisais ?

Parmi les travailleurs des déchets, les  « ripeurs » ont les conditions de travail les plus éprouvantes : il s’agit des éboueurs qui filent à l’arrière des camions, grimpés sur les marchepieds.

A ce poste, les sollicitations physiques sont « pesantes », et ce, malgré les améliorations techniques (passage des sacs aux containeurs, aides mécaniques à la manutention, évolution des outils et véhicules). Le ripeur passe sa journée à lever des tonnes de déchets, le plus rapidement possible. Son activité comporte des risques de chutes, d’entorses, de coupures, de troubles musculo-squelettiques (TMS) liés aux postures contraignantes. Il est aussi perpétuellement en déplacement entre les points de collecte, facteur d’incommodité supplémentaire. Les accidents sont réguliers, du fait qu’il évolue derrière un véhicule, d’une part, et dans la circulation automobile, d’autre part (la place à gauche derrière le camion, amenant à traverser la route pour récupérer les poubelles, est d’ailleurs la plus risquée). Aux risques mécaniques s’ajoute la possibilité de contact direct avec les ordures (vrac, encombrants) dont certaines peuvent contenir des agents biologiques pathogènes ou des substances chimiques toxiques.

Et ce n’est pas tout ! Nous qui travaillons dans des bureaux ou dans des lieux « protégés », pensons aux fortes  contraintes environnementalesqu’ils endurent : travail en extérieur même la nuit ou l’hiver, fortes chaleurs en été, pluies rendant les sols et objets manipulés glissants, exposition aux gaz d’échappement, vibrations continuelles, bruit incessant, mauvaises odeurs…

L’intensification du travail et le resserrement des rythmes s’ajoutent aux causes de pénibilité. L’éboueur travaille dans un faisceau de contraintes : techniques (ex : temps de vidage d’un conteneur), commerciales (satisfaction du client) et temporelles (tenir la cadence). Dans le système de « fini-quitte » (l’éboueur finit sa journée de travail quand il a terminé sa tournée et non à un horaire fixe), s’ajoute la pression des coéquipiers, qui souhaitent partir le plus tôt possible : personne ne veut/doit ralentir les autres. Le système comporte d’ailleurs « un effet boomerang » puisque les horaires et les cadences des tournées sont réévalués en fonction des performances des équipes : la vitesse génère la vitesse. La marge de manœuvre des ripeurs existe puisqu’ils font le choix de marcher ou courir, de prendre à la main les sacs (4 secondes) ou d’utiliser l’automate (12 secondes), d’attraper 2 ou davantage de sacs…. Les chauffeurs, eux, jouent sur l’allure du camion et la fréquence des arrêts.  Or, tout ce temps gagné peut nuire à la santé.

L’interaction avec les usagers est source de tensions (elle est ressentie comme telle dans 50% des cas). Hum, ça c’est nous. Eh oui, les coups de klaxons des automobilistes impatients, « c’est lourd ». Il arrive également qu’un usager mécontent appelle pour faire revenir un camion passé avant qu’il n’ait eu le temps de sortir sa poubelle.

Au final, avec l’âge et l’ancienneté, l’état de santé se dégrade et est source de turn-over (départ, évolution de carrière en tant que chauffeur ou dans les déchèteries) : la moyenne d’âge des ripeurs reste donc jeune parce que l’activité est usante ! Pour preuve, les ouvriers des déchets ont une espérance de vie moyenne inférieure à à celle des ouvriers non qualifiés français.

En amont, cela pose la question primordiale de la rédaction des appels d’offre et des contrats, qui se traduisent, pour les éboueurs, en conditions de travail et en cadences.

Si l’Agence Nationale des Conditions de Travail (ANACT) [dont le siège est à Lyon] est compétente pour analyser celles des éboueurs (étude réalisée en 2008-2009), elle en tire aussi des recommandations pertinentes : intégrer des critères de sécurité et santé dans les contrats, sécuriser davantage les rythmes de travail, ménager des temps de récupération, prévoir des charges journalières raisonnables, réinventer les matériels actuels. Autant de suggestions à destination des décideurs et des dirigeants de société de collecte des déchets... dans le privé notamment.

Bon, après toutes ces démonstrations, qui veut « vivre la vie » d’un éboueur ? A défaut, si on saluait leur travail ? Ou si, tout simplement, on les saluait tout court dans la rue ? On le fait bien pour le facteur ! Alors bon courage aux ripeurs !   

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 21:11

Vivre plus lentement : un nouvel art de vie, Ulmer, 2010, 141 p.

A lire pour se mettre au diapason de la notion de lenteur et de la « culture slow » dont la société se fait régulièrement écho (pas de théorie ennuyeuse ou intellectuelle mais une pensée limpide, reposant sur nombres d’exemples et témoignages), pour comprendre la notion de temps perdu et surtout celle de temps retrouvé, pour les illustrations zen qui rythment le texte, pour découvrir le « slow design » ou encore les « hallucinations urbaines », facétieuses photographies de l’artiste Sandrine Boulet.

Le livre de Pascale d’Erm permet de faire doucement le tour de la question de la temporalité quotidienne, de prendre conscience du choix possible de ralentir sa vie et du refus de « s’embarquer dans [une] course folle » sans fin. Il présente les réflexions des personnalités de référence dans ce domaine (Carl Honoré, Patrick Viveret) et conte des expériences humaines enrichissantes.

Il y a un temps pour tout ou plutôt il y a un tempo pour tout, qu’il appartient à chacun de trouver pour pouvoir aller à son rythme, telle est l’idée maîtresse du livre.

C’est le « vivre « à la bonne heure » » de Patrick Viveret, qui signe la préface du livre. Nous évoluons dans une société qui presse le citron, qui fait ressentir la pression : culte de l’urgence, course folle à la recherche du profit et de la vitesse, obsession de devoir « gagner du temps ». Soumis à cette pression sociale, nous connaissons un « dérèglement de notre rapport au temps » qui nous conduit à un décalage entre le réel et le vécu. Ainsi, l’homme, grâce aux machines à économiser le temps (transports, outils technologiques domestiques et informatiques) et à la réglementation du travail (baisse progressive du temps de travail hebdomadaire) a gagné un temps de loisir considérable (pris sur le boulot, les tâches domestiques…) tout en ayant l’impression qu’il lui manque toujours du temps. Pour certains, et davantage les citadins que les ruraux, il en résulte l’impression d’être perpétuellement « en guerre contre le temps », ce qui est fatigant mentalement et physiquement.

Il est cependant possible de dire non à la rapidité, au stress, aux activités chronophages (informatique), pour se ménager des niches de lenteur, souhaitées, constructives, voire salutaires. Il s’agit de « ralentir sereinement sans perdre le désir d’avancer, de découvrir et d’explorer ». L’objectif n’est pas de gagner du temps de loisir mais du temps propre au bien-être, à la construction de soi, à l’écoute des autres, à la mise en place d’actions utiles à la société… Patrick Viveret évoque le « lâcher prise » qui permet de « se laisser habiter par le temps », le renversement des rapports entre « la Tension » et « l’Attention » au paysage, aux autres, à son murmure intérieur, à la méditation...

Le refus de suivre le « tourbillon du temps » n’est pas facile à mettre en place. Il passe par une « transformation personnelle » dont le prérequis est de prendre du recul par rapport à son train de vie et de remettre en cause certaines habitudes (pour être en mesure de considérer que « le culte de l’urgence est obsolète »). Ce choix sera plus aisé quand la transformation deviendra « collective », c'est-à-dire plus généralement admise et partagée, grâce à l’action de mouvement collectif prônant des « temps de pause à grande échelle ». Le slogan des « Décroissants » résume bien cet objectif : « Stoppez le monde, je veux descendre ».

Carl Honoré utilise le concept de « tempo giusto », qu’il met en pratique à Londres. A vivre trop vite, on oublie de respirer comme le rappelle ce « nouvel apôtre de la lenteur urbaine au quotidien ». L’ex-journaliste hyperactif explore désormais les solutions alternatives pour « recréer un rythme au quotidien plus compatible avec ses envies et ses besoins, sans perdre de son efficacité au travail ». Au passage, le lecteur note que la lenteur ne se conjugue pas avec fainéantise, paresse ou inaction…

Comme d’autres, Carl Honoré a fait un choix mais cette décision ne doit être ni subie, ni imposée à autrui. D’un point de vue matériel, ce gain de qualité de vie passe parfois par une baisse de salaire, assumée. De même, les « bulles de lenteur » qui sont ainsi créées sont librement utilisées par les souffleurs de temps. Ces derniers peuvent farnienter, passer du temps en famille ou entre amis,  s’adonner à une passion, méditer... Derrière le choix de la lenteur, il y a une volonté d’arrêter de s’essouffler qui se traduit par beaucoup de liberté retrouvée.

Dans son ouvrage, Pascale d’Erm nous fait naviguer à la découverte d’autres expérimentations, comme le label des « slow citta ». Ce réseau international d’une centaine de communes de moins de 60000 habitants a adopté une charte du bien vivre dont les éléments clés sont les transports doux, les commerces de proximité, la solidarité intergénérationnelle, la lutte contre les pollutions et les gaspillages (sonores, déchets, énergie), la démocratie participative et le bannissement des OGM et de la restauration rapide.

[La jauge de 60000 habitants laisse émerger l’idée que la lenteur est incompatible avec l’organisation d’une grande ville, perméable à la pression de la vitesse. Je pense qu’une grande ville peut faire du « slow » en misant sur des quartiers socialement et urbanistiquement équilibrés et comportant impérativement tous les services « de proximité » de base : commerces, marché, bibliothèque, gymnase/terrain de sport, mjc... Pour l’accès aux autres activités (musées, administrations, lieux de loisirs…), le réseau de transports doit pallier la distance. Par contre, si Lyon brigue un jour le modèle d’une slow citta, je doute qu’elle puisse bannir les fast-foods.]

Au détour d’un chapitre, on fait connaissance avec le nomade Sylvain Tesson qui pratique le vagabondage éclairé du globe-trotteur-écrivain, à la rencontre du monde au rythme des foulées (son moyen de locomotion est la marche). Il prend la poudre d’escampette et, « en état permanent de poésie », note ses pensées dans un carnet [ce petit poucet rêveur égrène dans sa course des rimes comme le narrateur d‘ « A ma bohème » d’Arthur Rimbaud].

Quelques pages plus loin, Pascale d’Erm présente un personnage qui laisse également les vers filer. Toutefois, ceux du patient George Toutain ne fusent pas sur le papier mais œuvrent sous terre. Le paysan est conscient que « la lenteur porte ses fruits », qu’il faut laisser la Terre mener le ballet temporel des 4 saisons, faire fructifier les variétés anciennes, considérer avec sérieux la gestion de l’eau. Il laisse cheminer le temps et s’en fait un allier. Le temps librement laissé filé, c’est celui de la nature qui vit à son rythme, loin des contraintes humaines pour accélérer sa production.

Se réaccorder avec le temps et « ne pas aller plus vite que la musique » : voila une bonne résolution pour l’année 2012 et les suivantes.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 13:57

Nancy Huston, Démons quotidiens, Paris, L’iconoclaste, 2011, 399 p.

Un livre enchanteur sur un monde désenchanté !

A lire par les amateurs de style concis et précis, de textes réalistes bien ciselés aux idées bien ficelées. Le livre a l’apparence d’un pavé mais il s’agit d’une série de courts billets rédigés entre mai 2010 et juin 2011 (douze par mois), illustrés de l’œuvre bleutée de Ralph Petty. A lire par ceux qui veulent sourire, s’ouvrir l’esprit, découvrir une réflexion humaniste, apprécier le propos doucement féministe.

L’auteure pose l’encre pour décrire le quotidien de la société contemporaine et ses travers. Il y a donc de nombreuses remarques propices, même si ce n’est pas la finalité de l’ouvrage, à une lecture « écolo-centrée » des textes de Nancy Huston (d’où la présence de cet essai dans la rubrique « EcoLivre »).

L’évocation du péril environnemental est directe quand N. Huston aborde la catastrophe écologique de Fukushima dans « Tsunami » ou l’exploitation désastreuse des sables bitumeux de l’Alberta (Canada) dans « Elle ne bougera pas » (toute ressemblance avec l’extraction des gaz de schiste serait pertinente et alarmante).

L’auteur croque à merveille notre modèle de société, qui largue les amarres du bon sens, dans « Crème de la crème » :

« Les plus belles femmes que j’ai vues de ma vie, ce sont les Birmanes. Le matin, elles s’étalent sur la figure une étrange pâte blanche faite de fibres végétales. L’Oréal n’a pas encore beaucoup de points de vente au Myanmar, mais cela ne saurait tarder. En destituant la junte au pouvoir et en imposant « le marché libre » dans ce pays arriéré, nous finirons bien par convaincre les femmes birmanes de remplacer leur pâte gratuite par une crème invisible à 20 euros les 300 grammes. Elles deviendront aussi moches et stressées que nous. »  

La suite de cette fine critique de la société de consommation est tout autant délicieuse :

« L’angoisse fait des rides. Et, vu que les crèmes anti-rides ne marchent pas, nous leur vendrons aussi du Prozac, du Coca-Cola, des Malboros, des ipad… tout ce qui fait la beauté de notre mode de vie. »

La chute de ce texte, à découvrir dans « Démons quotidiens », est amère et radicale.

L’auteure rappelle que l’Occident « développé » est pris pour modèle par les pays en voie de développement. Ce n’est pas anodin au regard du calcul de l’empreinte écologique des sociétés imitées puisque celles-ci nécessitent plusieurs planètes Terre pour mainteniar leur style de vie (2,5 planète pour consommer à la française, le double à l’américaine et les Chinois utilisent pour l’instant les ressources de « seulement » un globe terrestre). Et l’auteure de conclure, dans « Si les Chinois s’y mettent » :

« Bon test pour notre conscience écologique : si on ne veut pas que tel comportement puisse être adopté par un milliard et demi de Chinois, il faudrait y renoncer soi-même. »

A quoi puis-je renoncer ? Tiens, cette question fait écho au documentaire « Syndrôme du Titanic », non ?

 

L’auteure est également sensible à la consommation culinaire. « Poisson d’avril » apporte de l’eau au moulin du « slow food » :

« Entre la famine au tiers monde, le fast-food aux Etats-Unis, et les femmes professionnelles un peu partout, qui sait ? Il se peut que la cuisine, à terme, soit destinée à disparaître purement et simplement des mœurs humaines. »

Dans « Le Sacrifice », N. Huston taille dans le dans le lard de la société de consommation carnivore que nous adoptons sans plus nous poser de questions. Avec la montée en puissance des normes hygiénistes, nécessaires pour répondre à une consommation décuplée, l’abattage manuel disparaît. Sans l’accomplissement de cet acte, se perd la prise de conscience du « passage à trépas » de l’animal. Le consommateur achète sa viande « en barquette » et son « jambon sous cellophane », réduisant l’animal à une matière masticable, si transformée qu’il en oublie d’où elle provient. En parallèle, s’ajoute la connaissance des mauvaises conditions d’élevage d’une viande fabriquée « en batterie ». Sans devenir végétarien pour autant, tout cela invite à diminuer sa consommation carnivore.

Pas facile d’être mis devant ses responsabilités de consommateur. Savoir et agir en toute cohérence posent bien des dilemmes quand l’individu est conscient des nombreux effets (directs ou indirects) de ses actes. Et pour compliquer le tout, il n’y a pas de solution sans revers de la médaille, d’où la phrase qui revient régulièrement : « Décidément, rien n’est simple ». On la retrouve dans « Politique de la couche-culotte » qui part d’un constat sur la pollution des couches… et finit sur un continent bien éloigné du souci de leur usage.

Nancy Huston constate que l’Homme se sent supérieur aux autres créatures terrestres et agit à sa guise. Ont-ils une âme ? pose la question de la direction qui est universellement prise :

« Personne n’est là pour juger nos actions, nous dire si nous avançons ou non dans le bon sens. On a le droit de faire n’importe quoi (…) et on le fait. N’importe quoi. »

Or, l’Homme devrait faire preuve davantage d’humilité et « reconnaître sa propre petitesse ». N. Huston propose alors, dans « Les fourmis devant l’inconnu », une pratique imparable pour relativiser l’importance de l’homme dans l’Univers : la contemplation du ciel étoilé. Le dire est certes « une banalité mais il est des banalités inépuisables » ! Elle recommande cette observation aux grands décideurs, qui ont le tort de se comporter en fourmi, cet animal capable d’escalader une jambe humaine - obstacle gigantesque relativement à sa taille - sans s’émerveiller. Elle préconise donc de : « rendre obligatoire, au moins deux fois par mois, la contemplation du ciel étoilé par les leaders de ce monde dont la plupart raisonnent en fourmis. »

En attendant que chacun se réveille  - grands décideurs ou citoyens - et agisse à son niveau, la vie continue et n’est pas toujours rose, comme le rappelle « En aval » :

« Entre deux publicités, les milliers, dizaines, centaines de milliers de victimes des tsunamis, tremblements de terre, inondations, viennent eux aussi échouer dans notre salon. Ces catastrophes se multiplient et nous rappellent la fragilité foncière de notre présence sur Terre. Nous sommes vraiment en train de rendre notre planète inhabitable. »

Et l’éternelle question de l’espoir que l’on doit avoir (ou pas) est posée. D’après Nancy Huston, il évolue au fil des âges. Actuellement, est-elle optimiste pour l’avenir de l’Humanité sur Terre ? Réponse dans « Le Tunnel ». 

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 20:15

Fabrice Nicolino, Qui a tué l'écologie ? : WWF, Greenpeace, Fondation Hulot, France Nature environnement en accusation, Brignon : Les Liens qui Libèrent, 2011.

A lire pour découvrir l’histoire de WWF, Greenpeace, France Nature Environnement (FNE) et la Fondation Nicolas Hulot (« la bande des 4 ») : création et évolution de chaque mouvement associatif, accointances avec les industriels « de la destruction » (agro-industries, industries du voyage de masse, du btp, de l’énergie, de l’immobilier…) ou encore, sur le plan franchouillard, avec les chasseurs.

A lire également pour comprendre l’envers du décor de grosses associations et les tenants et les aboutissements de l’échec du Grenelle de l’environnement.

Ce que j’en retiens :

Pas de fait car « trop d’info, tue l’info » et que le pavé de Fabrice Nicolino est une somme d’informations, d’anecdotes persuasives, de circonstances contextuelles. Il se lit cependant vite grâce au style enlevé de l’auteur, aux images qui font mouche*, aux traits d’humour (et aussi, à titre personnel, parce que je ne suis pas très sensible au « mauvais sort » que subissent ces organisations, auxquelles je m’intéresse de manière inégale). De la lecture, il me reste une méfiance générale sur les grandes associations, qui peuvent masquer des comportements individuels (de dirigeants et conseillers) en contradiction avec les intentions louables de ces groupes.

En revanche, ma motivation et ma confiance pour les valeurs écologiques, qui ne sont pas remises en question par l’ouvrage, restent intactes.

Le livre Qui a tué l’écologie fait réfléchir aux problématiques suivantes :

1)       Le risque de carriérisme – malsain - lié aux « grosses machines », qu’elles soient commerciales ou, comme ici, associatives. Les responsables de grandes organisations sont tentés d’utiliser leurs responsabilités comme tremplin pour des carrières individuelles, politiques ou managériales, et certains ne s’en privent pas, même si cela passe par un reniement des principes écologiques prônés auparavant.

 

2)       La réflexion sur le compromis et la compromission

L’ouvrage est une critique de l’écologie des compromis et des compromissions, celle des commissions qui avalisent, bureaucratisent et mènent à la destruction de la nature (poursuite de l’industrialisation des campagnes, de l’assèchement des zones humides, de la « rectification des cours d’eau »….). F. Nicolino, journaliste écologiste engagé, se démarque de cette caste officielle d’écologistes qu’il définit comme « ceux qui discutent cinq siècles entre gens de bonne compagnie, pendant que la destruction du monde continue ». En bref, pour lui, l’Homme ne peut plus se permettre de perdre du temps et doit agir. Pour rester intègre, les décideurs doivent refuser le compromis, souvent accepté au profit du rouleau compresseur que représente le progrès.

[ La question de l’éthique se pose de manière cruciale pour les hommes et femmes politiques, les dirigeants d’entreprise ou d’organismes, qui prennent des décisions aux répercussions « à grande échelle » (nationales ou mondiales). Ne possédant que le pouvoir – circoncis - de citoyenne, la lecture de l’ouvrage ne m’empêche pas de me questionner sur l’action individuelle. En bref, agissons-nous en cohérence avec nos opinions dans nos actions au quotidien ou au travail, dans les situations de prise de décision ou de responsabilité que nous rencontrons ? La lutte contre l’hypocrisie et contre l’inaction se joue à tous les niveaux : cf. sacrosaintes notions de « responsabilité » et d’ « exemplarité ». ]

3)       Le débat sur la compatibilité du développement durable avec l’écologie

Pour F. Nicolino, le « développement durable », qui implique  croissance, développement économique et industriel, foi dans le progrès et alliances avec l’ « industrie mortifère » est incompatible avec l’écologie. Le respect de la biodiversité peut être proclamé ; dans les faits, il est lié à une condition implacable : que persiste « le maintien des activités humaines ». Le joli propos est alors rendu vain car le respect d’une zone humide, d’un écosystème, d’une espèce animale ou végétale n’est jamais prioritaire par rapport à la création d’une route ou d’un stade ( !), et ce, même à l’époque où la Terre vit une nouvelle crise d’extinction des espèces (la 6ème).

« Prétendre que le progrès technique peut nous sauver est absurde si l’on garde en mémoire que c’est ce même progrès technique qui nous a conduit à la situation actuelle ». Il faudrait donc se méfier de la technique, sans la rejeter, c'est-à-dire en user avec prudence. Malheureusement, ceux qui ont dans leurs mains les décisions structurelles de l’état français, celles de l’aménagement du territoire, de l’écologie… sont formés à faire une confiance aveugle au progrès. L’auteur désigne comme responsable de la destruction pilotée par les technocrates les trois grands corps d’ingénieurs suivants : Ponts et Chaussées, Mines, Génie rural des eaux et forêts. Ces ingénieurs sont bien souvent à la tête des grandes administrations tout en faisant carrière dans le privé (entreprises de développement du réseau routier, compagnies de gestion de l’eau…).

[ Outre le défaut du carriérisme, celui, structurel, de leur formation axée vers le « tout développement » me fait penser à celle des agriculteurs vouée « au dieu productiviste » (on n’en revient seulement maintenant après des décennies d’apprentissage du rendement et d’asservissement aux phytos). Difficile de faire un métier en s’opposant aux principes inculqués. Or si un tel mauvais départ est pris, les résultats risquent d’être désastreux. ]

Et l’auteur de condamner, par la même occasion, le greenwashing dont il donne une définition intéressante : maquillage vert qui permet à la machine industrielle, « véritable arme de destruction massive », de poursuivre son action, sous les applaudissements.

 

4)       L’action efficace : le militantisme

 

L’écologie efficace passe par le combat sur le terrain, l’affrontement avec les maîtres économiques du monde, la mobilisation qui bloque les projets destructeurs. L’ouvrage fait alors référence à des  exemples rhônalpins : l’opposition aux chasseurs sur le col ardéchois de l’Escrinet (haut lieu de passage des oiseaux migrateurs) ou le risque d’amputation qu’a failli connaître le Parc naturel de la Vanoise il y a quelques années. F. Nicolino, c’est le parti du mouvement contre le parti des ambassades, le courage de faire grincer les dents avec des mesures impopulaires mais nécessaires contre les manœuvres politiciennes qui passent par les « grands mouvements de manche », les « déclarations tonitruantes » mais se soldent, en catimini, par, au mieux des mesurettes, ou, pire, par la déconstruction intégrale, la non réalisation de ce qui a été annoncé.

L’auteur ne tolère plus la naïveté, les liens avec l’industrie de la destruction, les amitiés avec les politiques, le jeu de la rédaction des rapports que personne ne lit, la « positive attitude » qui vise à trouver dans tout une avancée (aussi minuscule soit-elle) alors que, surtout, du temps a été irrémédiablement perdu.

 

[ En lisant cela, j’ai compris pourquoi certains écologistes se prétendent « anarchistes » (ce qui me laissait interloquée puisque j’associai le terme aux attentats). Le mot n’apparaît pas dans le livre mais il m’est venu à l’esprit pour désigner cet état d’esprit qui ne vise pas à poser des bombes (terrorisme condamnable !) mais à remettre en cause les modèles dominants, les fondements de notre société actuelle, dont la structure résiste au changement. Car si l’on veut une écologie sans compromis (ou passer à une société décroissante), le changement est radical et F. Nicolino invite au militantisme, à l’activisme de tous. ]

 

Conclusion : l’approche engagée, militante, l’appel au « combat » de Fabrice Nicolino font réfléchir. Après la lecture de son ouvrage, je garde la fibre « Nicolas Hulotiste » et ne devient pas encore «  Nicolinotiste », mais une graine vient d’être plantée et pourrait germer dans ce sens [quand mon optimisme « prendra une claque »].

* La métaphore du débat sur l’avenir de la planète m’a particulièrement plu : une famille est en train de pique-niquer sur le bord de la plage, dos à la mer. Les chamailleries entre enfant sont inévitables, les gronderies obligatoires (pour celui qui a fait tomber le jambon dans le sable, par exemple). Et pendant que tout ce petit monde perd du temps sans regarder dans la bonne direction, un tsunami est sur le point de s’abattre. 

Blog de Fabrice Nicolino

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 19:23

Dennez, Frédéric, La Nature, combien ça coûte ? Pourquoi l’écologie n’est pas l’ennemi de l’économie ?, Paris, Delachaux et Niestlé, 2007, 223 p.

Un mot sur le sous-titre : si l’économie n’est pas l’ennemi de l’écologie, le (néo-)libéralisme, si.

A lire pour appréhender les théories et théoriciens de l’économie au fil de l’histoire, la transformation économique de la société occidentale depuis le moyen-âge, les réflexions sur la notion de prix apposé à la nature et les solutions contemporaines expérimentées dans ce domaine.

5         idées retenues et commentaires :

- L’Homme a rompu progressivement avec la terre et le réel

Jusqu’au 18e siècle, l’homme, avant tout « paysan » (lui, sa famille ou son environnement) reste conscient des limites de la terre (les famines lui rappellent régulièrement la dure réalité). Il appartient à un système qui, tout en bénéficiant des progrès techniques ou de l’ouverture liée au commerce,  a intégré que les ressources naturelles sont un « don gratuit » qui perdure à condition de prendre soin de l’entretenir (semences, engrais, amendements). C’est le principe de la 1ère (et dernière ?) théorie économique naturaliste : la physiocratie (« pouvoir de la nature »). Avec la Révolution industrielle, c’est l’industrie qui entraîne pour la 1ère fois le commerce. « Son offre de produits anticipe la demande qu’elle cherche perpétuellement à élargir ». Puis le capitalisme accélère le phénomène et la rupture avec le réel est consommée : « Quittant la terre pour l’usine, les paysans offrent leurs mains à un système qui fonctionne selon des règles et des rythmes artificiels qu’aucun de leur ancêtre n’avaient connu ». On en constate le résultat aujourd’hui : combien reste-t-il d’agriculteurs ? Plus beaucoup. Qui gouverne le monde ? Les financiers, non ?! Mais avec quoi se nourrit-on ? Des actions basées sur le cours du blé ou du pain de boulanger ? Donc cette coupure avec le réel, matériellement et intellectuellement, n’est pas anodine sauf à considérer que la société future se passe de nature et doit être à 100% artificielle (cf. vision de bd de science-fiction). On a encore le choix d’un autre avenir pour le moment.

- Le néolibéralisme retombe toujours sur ses pieds, et sur les nôtres par la même occasion : aïe !

« Que la nature abonde ou se raréfie, l’économie sait toujours de quelle façon l’utiliser ». Considérée comme illimitée, la nature n’a pas de coût. Elle est considérée comme une corne d’abondance intarissable. Comme elle est assimilée à un « bien gratuit », les systèmes économiques, de plus en plus productifs à partir de la Révolution industrielle, en usent et en abusent. A force d’être surexploitée, de servir de réservoir de ressources jugées, à tort, inépuisables, la nature apparaît limitée. L’économie actuelle peut alors lui attribuer une étiquette en euros ou en dollars… et la note va être salée puisque certains de ses « produits » (énergies fossiles, eau potable, climat tempéré peut-être…) sont sur le point de devenir rares ! Et ceux qui tiennent les manettes du système économique actuel (néolibéralisme) restent du bon côté du tiroir caisse.

- La notion de service rendu de la nature est estimable (quantifiable) et inestimable !

La nature rend d’innombrables services à l’Homme, et ce, gratuitement : régulation des gaz atmosphériques [pouvoir respirer], régulation du climat [ne pas griller au soleil ni se transformer en « eskimos »], protection contre les inondations [une zone humide, la mangrove… sont des barrières naturelles contre crues et raz-de-marée, plus efficaces et moins coûteuses que des digues humaines], régulation des cours d’eaux et nappes phréatiques, formation des sols, reproduction des végétaux grâce à la pollinisation des fleurs [vous préférez payer vos légumes au prix de la vanille, pollinisée à la main ?], contrôle de la chaîne alimentaire, activités physiques et de loisirs ou spirituelles [crapahuter puis méditer en montagne] et, bien sûr, production de nourriture [la pilule alimentaire de science-fiction me coupe l’appétit]. La valeur de chacun de ces avantages en nature se chiffre (idée novatrice qui naît avec le rapport réalisé en 2005 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur l’état des écosystèmes de la planète), en milliards d’euros par an ! Et ils n’ont pas d’équivalent créés par l’Homme.  

- Il faut relativiser l’optimisme scientifique

Oui, je sais que la Science fait des miracles mais le bon sens doit nous pousser à préserver ce qui fonctionne bien naturellement. Au vu de la liste des services que la nature rend, il n’est pas possible de la considérer comme remplaçable par la technologie, la science ou l’agriculture. En revanche, si nous saccageons les écosystèmes, nous serons amenés à trouver des solutions de haute technicité et irrémédiablement hors de prix. Faudra-t-il un jour créer des machines pour remplacer un air vicié (alors que le plancton marin capte des tonnes de CO² sans qu’on s’en aperçoive) ou rendre potable l’eau devenue imbuvable ? Quel gâchis ! Car si les écosystèmes subsistent harmonieusement, ils permettent à l’homme de vivre, de se développer et de profiter du progrès.

- « Un écosystème, comme un organisme vivant ou un monument historique, est beaucoup plus que la somme des parties qui le composent ».

J’aime beaucoup ce parallèle fait entre nature et culture, que l’on peut étendre au social (un groupe d’amis, des collègues soudés). Je pense que, dans la vie (non dans la sphère matheuse),   1+1 ≥ 3. Ainsi, dans le milieu naturel, les espèces entretiennent des relations entre elles, créent des échanges ou des synergies, se rendent des services, ce qui augmente leur capacité d’action ou de protection. L’auteur rappelle « l’extraordinaire interdépendance des éléments constitutifs des écosystèmes », ce qui fait leur force et qui conduit ainsi à ce qu’un milieu naturel résiste bien aux interventions (« stress ») humaines. Mais cette résistance a ses limites. Si les dégâts occasionnés sur un écosystème peuvent mettre du temps à apparaître, ils n’en sont pas forcément moins présents. Et l’auteur utilise la métaphore du tricot (adaptable à la biodiversité) qui perd une maille (disparition d’une espèce) ou dont la maille est mal réparée (espèce de remplacement). Au final, le tricot est fragile (même si cela ne se voit pas) et ne peut que s’effilocher. Les naturalistes le disent : la diversité de la faune et de la flore est un bien précieux, utile à l’homme, et nécessaire à sa survie sur une planète faite de terre, d’eau et de gaz. Avons-nous déjà dénaturé la planète au point que nous puissions nous passer de biodiversité ?

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 20:20

J’aime lire ! Je dévore des romans, des nouvelles, des bds, des essais, des documentaires, des articles… Je m’approvisionne en nourriture culturelle dans les bibliothèques et j’accepte bien volontiers qu’on me prête des livres, surtout en littérature. Lire ce que quelqu’un d’autre a aimé ou me conseille me plaît : c’est une proposition de réjouissance future et un passage de relais amical ou complice, un cross-booking personnalisé. Je me fie aussi beaucoup aux présentoirs des bibliothèques [merci aux petites mains qui les font léviter jusque là avec intelligence] pour attiser ma curiosité. Ce sont les seules têtes de gondoles auxquelles j’accepte de succomber. De toute façon, si je n’accroche pas à un texte, je change d’occupation pour lui donner une ultime chance plus tard ; si le livre m’ennuie, je saute des pages allègrement. Quand le style m’indiffère, que l’histoire est molle mais que j’ai quand même envie d’en connaître la conclusion : alors je sprinte en diagonale jusqu’à la fin, m’accrochant aux seules « prises » du récit nécessaires pour comprendre la trame [quitte à dévisser un peu sur la paroi du sens]. Les livres me divertissent, me dérident, m’exaltent, m’euphorisent intellectuellement ou, plus sobrement, m’accompagnent dans les transports, m’informent, m’ouvrent l’esprit ou encore me préparent au sommeil. A moi de choisir le bouquin qui convient à l’humeur et au désir du moment.

 

Il est certains ouvrages qui sont comme un accès au monde et dont la lecture me donne l’impression [physiquement ressentie quand ça chauffe dans la caboche] de repousser les cloisons de mon cerveau ou de constituer quelques unes des clés qui ouvrent des passages vers la compréhension du monde. D’autres me permettent de trouver des mots bien calés, justement calibrés, correctement ajustés [merci auteurs et écrivains] que je peux utiliser pour mettre en ordre les réflexions qui m’ont imparfaitement traversé l’esprit ou normaliser des sensations ressenties. Tous participent à ma lente et progressive évolution, constituent un terreau de connaissances qui infléchit certains choix et en affermit de nouveaux, rendent compte de l’existence d’un environnement complexe tout en donnant les moyens de le décomplexifier.

 

Ma prise de conscience écocitoyenne étant une conséquence de mes lectures [je suis ce que je lis], j’ai décidé de laisser une place aux propos et idées que j’ai compris [déjà, cela permet de faire le tri ], apprécié et retenu de mes lectures. Non, je ne vais pas rédiger des fiches lectures exhaustives mais synthétiser certaines idées que je souhaite, par ce biais, continuer à véhiculer. Quant aux ouvrages, ils seront en rapport avec l’écologie, la nature, le temps, la consommation… [non, je ne dirai pas qui est l’assassin du dernier Fred Vargas]. Telle est donc l’objet de la nouvelle rubrique « EcoLivre », qui parsèmera ce blog, entre deux billets plus factuels ou « RTV » (« Raconte Ta Vie »).

A suivre…

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